Livre des proprietez des choses: le loup

Vue du folio 1, le prologue du texte

Légende: Vue du folio 1, le prologue du texte. Le document est conservé à la Bibliothèque nationale de France à Paris sous la cote ms fr. 22533.

Il s'agit d'un extrait du livre intitulé «Proprietez des choses translaté de latin en francois du commandement Charles le quint (...) roy de France par maistre Jehan Corbechon de l'ordre Saint Augustin l'an de grace .MCCCLVVII».
De proprietatibus rerum, ici dans sa traduction française, est une compilation encyclopédique en 19 livres conçue et réalisée par le moine franciscain Barthélémy l'Anglais (confondu parfois avec Barthélémy «de Glanville»), entre 1230 et 1240, d'abord à Paris puis à Magdebourg.
Le grand nombre de manuscrits qui nous sont parvenus, en latin mais également dans de nombreuses traductions vernaculaires, atteste sa diffusion dans toute l'Europe occidentale. La traduction française fut entreprise en 1372 à la requête du roi Charles V par Jean Corbechon, de l'ordre de Saint-Augustin, maître en théologie et chapelain du roi. Il existe aujourd'hui au moins 26 versions françaises localisées (Bibliographie de Jean Corbechon) en plus de quelques fragments.
«Barthélémy, dans son prologue, avait précisé ses intentions : procurer aux religieux de son ordre un copieux répertoire de faits matériels, afin de leur faciliter l'interprétation des "énigmes" de l'Écriture Sainte.» (DLFMA) Alors que les encyclopédies du XIIIe siècle visaient essentiellement un public de prédicateurs afin de les aider dans leurs sermons et moralisations, le public potentiel en langue vernaculaire pouvait être plus diversifié. C'est pourquoi le prologue de Jean Corbechon rapproche sa traduction plutôt du genre du miroir des princes.
La compilation de 19 livres catégorise et décrit tout un système du monde, hiérarchisé comme il se doit au Moyen Âge, commençant par Dieu et les anges pour finir avec les animaux et les couleurs. Les animaux se trouvent dans plusieurs livres : les oiseaux possèdent leur propre livre 12, les poissons doivent se contenter du dernier chapitre dans le livre 13 portant sur les eaux, et les autres animaux sont réunis, sous la dénomination de «bestes» au livre 18, qui contient tous les autres. On y trouvera donc, dans l'ordre alphabétique latin, en tout premier le mouton (agnus), un peu plus loin l'araignée, le basilique, le ver à soie, le dromadaire, le dragon, la chenille, l'éléphant, le lion, le limaçon, la bête qui reluit la nuit, la sirène, les vers qui mangent les, la tortue et la vipère, pour ne citer que quelques-uns. Un prologue explique les critères de différenciation des diverses catégories animales, p.ex. s'ils peuvent être apprivoisés, combien de pattes ils possèdent, s'ils ont du sang ou pas, s'ils sont nocturnes ou diurnes et ainsi de suite.

L'initiale du nom du loup n'ayant pas subi de changement entre le latin et le français moyen, le canis lupus de la taxinomie moderne est précédé par le lièvre, le lynx et le limaçon et suivi par le mulet, la souris (lat. mus) et la mustele. La rubrique du loup appartient aux rubriques plutôt longues parmi les chapitres consacrés aux bêtes.